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Association pour le Développement de l'Information et de la Recherche sur la Sexualité 25 Mai 2017  
   

La sexualité des seniors

Un texte du Président de la World Association of Sexology Le Dr Marc Ganem, Président de l’Association Mondiale de Sexologie (WAS) a fait l’honneur à l’ADIRS de lui confier, pour affichage sur le site, la traduction française du texte qu’il a présenté à Rome au début du mois d’octobre 2001, dans le cadre du Congrès de l’ESSIR (European Society for Sexual and Impotence Research).

Vous trouverez ce texte ci-après. L’ADIRS remercie vivement le Dr Ganem.


Il y a quelques années, la notion de plaisir chez les seniors passait souvent au deuxième plan derrière les préoccupations de santé et le maintien du niveau de vie. Les progrès sociaux et médicaux, couplés avec une évolution des mentalités, ont contribué à modifier sensiblement leur approche du bien-être.

Or, précisément, cette maturité et cette durée qui lui ont manqué autrefois vont permettre à l’individu ayant dépassé la cinquantaine d’accéder à une autre forme de bien-être que je qualifierais « d’hédonisme tranquille ».

Nous verrons à propos de la sexualité des seniors comment celle-ci va dériver progressivement de l’effusion pulsionnelle vers une tendre complicité. Au-delà de cet exemple, parce que l’on est en mesure d’en comprendre la richesse, il devient possible après 50 ans de goûter non seulement aux grands, mais également aux « petits bonheurs « , dont fait partie la sexualité.

Le plaisir étant, de plus, habituellement considéré comme la récompense d’un travail accompli, les aspirations hédonistes des retraités étaient souvent teintées d’une forte culpabilité.

La fin d'un tabou

Interviewé par Larry King, un des présentateurs vedettes de la chaîne de télévision américaine CNN, Bob Dole, 74 ans, ex-candidat à la Maison Blanche, avait fait sensation en annonçant qu’il avait non seulement participé aux essais cliniques du Viagra, mais que de surcroît son épouse et lui-même en étaient enchantés (wonderful !). Au-delà d’un effet d’annonce vis-à-vis du médicament et de son laboratoire, la prestation du sénateur Dole aura eu le mérite de faire savoir au plus grand nombre que, contrairement aux idées reçues, certaines personnes ont encore une vie sexuelle après 60 ans et qu’elles semblent même en tirer du plaisir.

Cette représentation d’une vieillesse délivrée des passions et des tentations de la chair, si elle contestée, est encore très présente à l’esprit des plus âgés. C’est du reste parmi les représentants de ces générations, élevés dans la peur et la honte des faits sexuels, que l’on rencontre le plus d’opinions hostiles à l’éventualité d’ébats amoureux après un certain âge.

L’idée qu’elle serait incompatible avec l’avance en âge est, de fait, en pleine mutation. Plus fortunés, plus instruits et en meilleure santé, les seniors d’aujourd’hui sont devenus des consommateurs de loisirs et ont enrichi leur vie intime. La levée de certains tabous, accompagnant les progrès médicaux et sociaux, leur permet de vivre plus librement leur sexualité. Ainsi, toutes les études s’accordent à estimer que, par rapport à leurs aînés, ils ont plus souvent un partenaire avec lequel ils ont des rapports plus fréquents, plus variés et qui leur procure davantage de satisfaction. La publicité, toujours à l’affût des mutations socioculturelles, ne s’y trompe pas. Elle n’hésite plus à montrer des couples âgés en situation de flirt ou échangeant des gestes de tendresse.

Inutile cependant de pavoiser : malgré des progrès certains, il faudra probablement encore quelques générations pour que les préjugés s’évanouissent et que l’image d’une vieillesse asexuée disparaisse.

Avec l’arrivée massive, autour de la cinquantaine, de la génération des baby-boomers qui furent en leur temps des pionniers de la libération sexuelle, nous vivons actuellement une période de transition pouvant conduire à de profonds changements, trop précoces cependant pour être définis.

Compte tenu de la prépondérance d’un modèle qui impose la jeunesse en passeport incontournable de la réussite dans les amours et les métiers, le danger qui guette aujourd’hui les seniors en quête d’une nouvelle identité serait de se tromper de cible : vouloir s’épanouir sexuellement, non pour réussir leur avance en âge, mais pour chercher à imiter les jeunes à tout prix. Car, s’il est possible d’avoir une libido heureuse, même sur le tard, elle repose sur un savoir-faire amoureux, où le qualitatif prime constamment le quantitatif, où, à l’abri du feu pulsionnel et des impératifs de performance propres à la jeunesse, il pourra naître une intimité sexuelle beaucoup plus riche.

Quels que soient l’âge ou les motivations, les comportements sexuels dépendent d’une multitude de paramètres qui associent, au psychologique et au social, une nécessaire dimension organique. Il n’est pas possible de dire lequel de ces facteurs aura le plus d’influence, tant la vie sexuelle repose sur des expériences individuelles échappant au rationnel.

Désir, plaisir et activité sexuelle

Le désir sexuel n’a pas d’âge. Ainsi, une étude américaine portant sur plusieurs milliers de personnes a montré que 55% des femmes et 75% des hommes de plus de 70 ans présentent un intérêt de modéré à fort pour le sexe.

Plus proche de nous, l’enquête ACSF confirme cette tendance. Effectuée en France en 1992, elle a permis d’interroger par téléphone 5 600 personnes de 50 à 69 ans. On a pu ainsi estimer que 86% des hommes et 64% des femmes de cette tranche d’âge ont eu au moins un rapport sexuel au cours du dernier mois et que 23% et 11% en ont eu au moins dix. Pour les personnes vivant en couple, 78% des femmes et 90% des hommes ont déclaré avoir eu un rapport ou plus dans le dernier mois.

Ces chiffres encourageants ne doivent pas masquer la réalité d’une sexualité qui s’appauvrit avec l’âge. Comme en témoigne la figure infra, en comparaison avec leurs cadets, les seniors sont moins actifs dans leur vie amoureuse. Ils ont moins de rapports sexuels, ils sont moins créatifs dans leurs ébats, atteignent le plaisir avec davantage de difficulté et sont dans l’ensemble moins satisfaits de leur sexualité. Ce sont les femmes qui, en fonction de l’âge, présentent l’infléchissement le plus marqué

Ces différences ne doivent pas être attribuées aux seuls effets du vieillissement. Le poids des normes socioculturelles propres à chaque génération joue un rôle déterminant pour justifier ces singularités. Il est apparu en effet assez nettement en suivant une génération d’hommes et de femmes sur vingt ans, que leur activité amoureuse subissait peu de changements avec l’âge.

Incontestablement, les quinquagénaires d’aujourd’hui, qui ont grandi dans un environnement plus favorable, ont une vie amoureuse plus riche que leur aînés, au même âge.

Une autre observation confirme ces constatations. Il existe en effet, en matière de sexualité chez l’homme et la femme, un principe de continuité qui admet que l’activité sexuelle chez le sujet vieillissant, même minorée, soit proportionnelle à ce qu’elle fut dans sa jeunesse. En d’autres termes, si vous étiez « porté sur la chose » dans vos jeunes années, vous serez enclin à conserver un potentiel de séduction et de désir jusqu’à un âge avancé. A l’inverse, si le sexe vous ennuie ou vous fait peur à 30 ans, il serait surprenant que cela change en vieillissant.

Les menaces qui guettent la relation amoureuse.

  • Les carences hormonales qui entraînent des nuisances et créent des conditions physiologiques et psychologiques inappropriées.
  • Des troubles physiques, douleurs, prise de poids, problèmes cardio-vasculaires, fatigue, qui émoussent le désir.
  • Des difficultés d’érection qui font douter et qui déstabilisent l’équilibre du couple.
  • Un mental négatif, nostalgie du passé, peur de vieillir, poids des idées reçues (« çà ne se fait pas ! »), pessimisme, anxiété, dépression qui démobilisent.
  • Des problèmes de couple et une mésentente physique préexistants.

Plaidoyer pour un changement de comportement sexuel après 50 ans.

Pour s’adapter à un corps qui change et à une existence en mutation, l’homme et la femme doivent progressivement modifier leur pratique sexuelle. Il ne s’agit pas de faire la révolution dans l’intimité de la chambre, mais d’adopter calmement et sans précipitation de nouvelles orientations, qui leur permettront de traverser ensemble, sereinement, le cours du temps.

Dans ses années de jeunesse, l’homme est habituellement l’initiateur des ébats amoureux. Progressivement avec l’âge, le feu pulsionnel perd de son intensité, et le caractère impérieux, quasi réflexe, de sa sexualité va s’amoindrir. Cette évolution est habituellement compensée par l’épouse ou la compagne, qui, si les conditions le permettent, va discrètement prendre des initiatives et entreprendre plus fréquemment son partenaire sexuel. Ces changements de pratiques se produisent le plus souvent spontanément : certaines femmes intuitives comprennent alors qu’il en va ainsi de l’équilibre sexuel de leur couple.

Avec la maturité, la dimension fantasmatique, pulsionnelle de la libido masculine est moins présente. En revanche, l’homme reste toujours aussi sensible aux stimulations tactiles. Lorsque les caresses proviennent de sa compagne, il éprouvera non seulement du plaisir, mais également la satisfaction de se sentir désiré, à un âge où la crainte des pannes sexuelles lui fait souvent perdre confiance en lui-même.

L’intérêt sexuel est habituellement largement conservé jusqu’à un âge avancé. Si le désir reste intact, la réponse n’est pas toujours celle souhaitée. La baisse de l’activité sexuelle masculine observée dans toutes les enquêtes est liée en grande partie à la qualité des érections. Il semble que la transmission du message érotique du cerveau vers le pénis s’effectue avec davantage de difficulté.

Pour maintenir l’entente sexuelle dans le couple, les hommes devront également accepter certaines remises en question. Quelques rares individus vont conserver dans ce domaine la même vigueur toute leur vie, mais, pour une majorité, le caractère instinctif, impulsif de leur libido va s’émousser. Pour leur équilibre personnel et le bien-être de leur partenaire, ils devront accepter de déplacer leur sexualité d’un fonctionnement réflexe basé sur le physique et la performance vers une sexualité vécue dans la relation et le partage. Il leur faudra donc développer un nouveau langage qui, du plaisir physique, les mènera à l’émotion et à la communication. Cette évolution n’est pas instinctive. Elle nécessite un apprentissage parfois laborieux. Il leur faudra apprendre à partager et à transmettre leurs sentiments dans un respect et une tendresse mutuelles, à valoriser le regard, la caresse et le contact. Ainsi, ils accéderont à une sexualité beaucoup plus riche et féconde où l’épanouissement des sens et la sensualité prennent toute leur dimension. Si, dans leurs jeunes années, le désir les conduisait à l’amour, la maturité venue, c’est l’amour qui guidera leur désir.

C’est pourquoi l’attitude des femmes est fondamentale à cette époque de la vie.

Comment réagissent les femmes face à l’impuissance de leur conjoint ?

Faire face aux troubles de l’érection de leur conjoint est pour beaucoup de femmes une épreuve difficile. Elles réagiront en fonction de leur personnalité et de qualité des relations dans le couple. En étant schématique, on retiendra six typologies distinctes.

Les fautives.

Ayant perdu confiance en elles à la suite de la ménopause, elles se sentent coupables des pannes de leur compagnon, qu’elles attribuent à une baisse de leur pouvoir attractif et de leur capacité à lui donner du plaisir.

Les encourageantes.

Elles le rassureront en justifiant ses troubles sexuels par la fatigue, le stress, banaliseront l’événement, voire encourageront la prise de médicaments.

Les inquiètes.

Elles s’imaginent que leur conjoint n’a plus d’érection parce qu’il les trompe ou qu’il va les tromper pour tenter de se refaire une virilité.

Les blessées.

Elles pensent que les pannes sexuelles sont une agression destinée à les frustrer et à les humilier.

Les résignées.

Il y a les résignées volontaires qui acceptent avec un certain soulagement une impuissance qui leur offre l’occasion de se désengager en douceur du « devoir conjugal ».

Il existe aussi de nombreuses femmes qui, de peur de blesser leur compagnon, et par difficulté à communiquer sur un sujet aussi sensible, se résignent en silence à mettre un terme définitif à leur vie sexuelle.


C’est pourquoi il faut anticiper sur les troubles de la sexualité avant que d’arriver à l’âge des seniors, afin qu’une information puisse réussir à faire passer un message concernant éventuellement les fausses croyances et la réalité positive d’entretenir une sexualité.

En effet, les seniors ayant une activité physique soutenue et une sexualité, préservent leurs fonctions intellectuelles dans de meilleures conditions que les sujets sédentaires du même âge. Outre l’amélioration de l’état de santé et notamment du système cardio-respiratoire qui assure l’oxygénation du cerveau, l’exercice pourrait stimuler la synthèse de substances favorables au développement et au maintien des cellules cérébrales, en particulier le NGF (nerve growth factor).


CONCLUSION

Notre Occident contemporain, à la différence de nombreuses autres cultures, n’est pas encore bienveillant à l’égard de la vieillesse. La vie humaine y est conçue comme une progression vers un apogée puis un déclin précédant la fin. Pour retarder la chute, il est donc suggéré de rester éternellement jeune. Ce désir d’une société homogène et sans âge aboutit nécessairement à la négation de la vieillesse conçue comme forcément pathologique. « Les vieux doivent rester jeunes ».

L’âgisme qui est ainsi démasqué revêt une forme subtile. Elle vise à nier les différences entre les générations, ce qui consiste à vouloir assimiler les plus âgés à la culture dominante construite autours de valeurs incarnées par la jeunesse (beauté, vitalité, performances …).

La sexualité des seniors doit s’affirmer comme une entité à part entière dont l’étude scientifique qui commence, révèlera une des clés d’un vieillissement réussi.

En suivant pendant plusieurs décennies, à partir d’études longitudinales menées par l’Institut de développement de l’homme à Berkeley, des hommes et des femmes depuis leurs années de lycée, on a pu constater une évolution assez caractéristique des rôles sexuels. Depuis l’adolescence jusqu’à la cinquantaine, les individus expriment un important conformisme par rapport aux stéréotypes sociaux liés au sexe. Les femmes deviennent de plus en plus féminines et les hommes de plus en plus virils. En revanche, passé cet âge, ils seraient plus introvertis et moins orientés au niveau de leurs représentations sexuelles.

Je terminerai en citant deux phrases :
On n’a pas l’âge de ses artères, mais l’âge de ses désirs. (GANEM)

Je veux bien vieillir en vous aimant, mais non mourir sans vous le dire. (RIVAROL)

Mise à jour le 03/06/2002
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